vendredi 12 avril 2013

Fuck America

Pièce d'après le roman de Edgar Hilsenrath
Adaptation: Vincent Jaspard
Mise en scène et jeu: Bernard Bloch, Thomas Carpentier, Corinne Fischer et Vincent Jaspard
Lumières: Luc Jenny
Conception sonore et violon: Thomas Carpentier
 
Au Théâtre de la Girandole
4 rue Edouard Vaillant à Montreuil
Jusqu'au 29 avril 2013


Fuck America est à l'origine un roman de l'écrivain juif allemand Edgar Hilsenrath.


Aux éditions Attila.
Cet auteur est né en 1926. En 1933, devant la montée en puissance du nazisme, la famille Hilsenrath cherche à immigrer aux États-Unis, mais n'obtient pas de visa. Edgar, sa mère et son frère trouvent refuge en Roumanie alors que le père se cache en France. Après la guerre et maintes péripéties, la famille enfin réunie finit par partir à New-York. Attelé à la rédaction de son premier roman, Hilsenrath survit en multipliant les petits boulots, sans jamais s'adapter à la vie américaine. Ce n'est qu'après de nombreux déboires que son deuxième livre rencontre le succès, notamment en Allemagne, où il revient se fixer de façon définitive en 1975, trop attaché à la langue allemande pour vouloir vivre ailleurs.
C'est ce shéma que nous retrouvons dans Fuck America: en racontant l'histoire de Jakob Bronsky, rescapé de la Shoah, écrivain immigré vivant d'expédients dans le New-York de l'après-guerre, Hilsenrath semble largement s'inspirer de sa propre histoire. S'en suit une évocation provocatrice et drôle de moments qui confèrent pourtant au tragique et à la misère humaine, parfois dérangeante mais mettant en lumière l'absurdité du monde.

Et la transposition du texte au théâtre par Vincent Jaspard est des plus réussies. Il décrit son envie d'en faire un texte théâtral comme allant presque de soi. Edgar Hilsenrath a dit d'ailleurs:
"Le dialogue est la forme qui me va le mieux. La langue est simple mais pas la pensée."
Si, malgré d'indéniables qualités, le texte m'a semblé inégal, et même parfois un peu gênant je l'avoue..., la mise en scène m'a enthousiasmée.  Sur un plateau dépouillé, trois comédiens se partagent les rôles: Vincent Jaspard joue Jakob Bronsky, Bernard Bloch tous les personnages masculins et Corinne Fischer tous les personnages féminins. Et pour passer des uns aux autres, d'une époque et d'un lieu à l'autre, un jeu de chaises musicales est rondement mené. Des chaises musicales ? Oui, presque comme le jeu d'enfants. Trois tabourets occupent le plateau et, accompagnés par le violon de Thomas Carpentier et par des jeux de lumière, les comédiens les investissent tour à tour, créant avec une énergie communicative de nouveaux univers sans qu'il ait été besoin de toucher aux décors, aux costumes ou de faire intervenir de nouveaux acteurs.


Bravo ! J'aime ce théâtre qui avec une chaise fait voyager sans problème de New-York à Berlin. Intelligence, inventivité et talent sont indéniablement force de conviction.

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