vendredi 31 mai 2013

La Revue des Deux Mondes, octobre-novembre 2012

Alors là évidemment, nous ne sommes pas dans l'actualité brûlante, loin s'en faut. J'ai d'ailleurs un scoop: Barack Obama a été réélu !
En fait, j'ai récupéré un peu par hasard cet exemplaire d'octobre-novembre 2012 de la Revue des Deux Mondes, et bien qu'elle date déjà de six mois, je m'y suis plongée.




Qu'est-ce que la Revue des Deux Mondes ? Rien de moins que la plus ancienne revue en Europe. Elle a été fondée en 1829 par François Buloz. Son actuel directeur est Michel Crépu, bien connu des auditeurs du Masque et la Plume sur France Inter.
"Au long des années, on pourrait presque dire des siècles… la Revue des Deux Mondes s’est imposée comme un pôle incontournable de la vie intellectuelle française et européenne (Goethe en était un fidèle lecteur). Au croisement de l’histoire, de la littérature et de la politique, elle souhaite, dès l’origine, incarner l’humanisme hérité des Lumières, cela dans un souci de connaissance, de curiosité pour les sociétés extra-européennes, qu’il s’agisse de l’Amérique, de la Russie ou des mondes africains, asiatiques."
Alors disons-le tout net, nous ne sommes pas là dans une tribune engagée de la lutte des classes. Donc outre leur aspect désormais un peu daté, je ne me suis pas reconnue dans les articles politiques et économiques et je m'y suis peu intéressée. J'ai ainsi laissé de côté Le dollar résistera-t-il à la montée en puissance du yuan ? d'Annick Steta. De même, Éloge du dialogue social par Michel Sapin, c'en était trop pour moi. Mais j'ai néanmoins appris que le grand-père du ministre lui avait légué tous les numéros de la Revue des Deux Mondes parus entre 1922 et 1937. Merci Papy ! Voilà qui peut être utilement revendu aux enchères sur internet en cas de redressement fiscal...
Mais trêve de mauvais esprit, les articles littéraires sont assez captivants. Ce sont vraiment eux qui constituent l'intérêt de la publication.
 
Le journal littéraire de Michel Crépu, qui est un journal de lectures au jour le jour au ton très personnel, presque intime, est vraiment passionnant. Il revient notamment sur les Lettres à Milena de Kafka.
 
Un entretien avec Pierre Buhler, diplomate et ancien professeur associé à Sciences Po, est intitulé La nouvelle grammaire de la puissance. Malgré quelques idées convenues (et fausses à mon avis) concernant l'Union Européenne, il y brosse un tableau instructif de la géopolitique actuelle, revenant notamment sur la différence entre les notions de pouvoir et de puissance.
 
Marin de Viry, essayiste, nous propose La critique, exercice charitable (un article pour adultes.) Il se penche sur le roman de Christine Angot, Une semaine de vacances, qu'il n'a pas du tout aimé, non pas à cause de son côté pornographique (un nombre impressionnant de fellations !) ni à cause de l'écriture, mais du fait de son intention, ou tout du moins de ce qu'il perçoit comme tel. Nous sommes donc dans une "critique d'intention."
"Dans ce roman, la relation avec le lecteur est marquée par un coup de force, pas par l'intelligence." (p. 59)
Mais Christine Angot ayant l'habitude de se faire éreinter à tout propos, elle doit à mon avis toujours dormir sur ses deux oreilles... 
 
Mélodie slovène est un entretien très intéressant avec l'écrivain slovène Drago Jančar, né en 1948. Plusieurs de ses ouvrages sont traduits en français: Aurore boréale, Éthiopiques et autres nouvelles et Katarina, le paon et le jésuite.
 
Nous rencontrons ensuite Alistair Cooke, un journaliste anglais né en 1908 à Manchester, qui fut correspondant du Guardian à New-York pendant vingt-cinq ans. A la dure - 15 octobre 1948 est donc un article vintage, qui raconte l'histoire des pionniers en route pour l'ouest en traçant un parallèle bourré d'humour avec les mentalités des Américains des années 1940. Cet article savoureux nous en dit autant sur les autochtones observés que sur son auteur, somme toute encore très british bien qu'il soit devenu citoyen américain en 1941.

Avec Les mormons, des progressistes très conservateurs, Anne-Lorraine Bujon de L'Estang nous plonge au cœur de cette communauté religieuse, en nous racontant ses origines, son poids démographique très relatif aux États-Unis, mais de plus en plus important dans la société. Comme souvent avec les illuminés, ils prêtent d'abord à rire (apparition de Dieu, de Jésus et de l'ange Moroni dans un coin perdu de l'État de New-York au début du XIXème siècle !) avant de devenir franchement effrayants. Une telle adhésion à des pseudo-doctrines indigentes et indigestes a toujours quelque chose de consternant pour un esprit français je trouve.

Un entretien avec la journaliste du New York Times Elaine Sciolino permet de revenir sur les rapports entre Vie privée, vie publique, et les conceptions radicalement différentes qui existent en France et aux États-Unis sur le sujet. Elaine Sciolino interroge la collusion entre journalistes et politiques et, ce qui selon moi est le plus intéressant, pose la question de l'intérêt des patrons de presse en France.

La Littérature américaine contemporaine est ensuite mise à l'honneur.
Il n'y a pas véritablement d'écoles ou de tendances dans la littérature américaine d'aujourd'hui, mais plutôt des auteurs, ayant chacun leurs propres caractéristiques. Autre particularité du pays, les clubs de lecture, readings groups, semblent constituer l'avenir du lectorat et de l'édition.
"Tim Parks, l'écrivain anglais, [...] analyse ainsi le prestige et le succès de la littérature américaine, dont les traductions se vendent et suscitent commentaires dans le monde entier: la culture américaine, mélange pour beaucoup d'êtres de la planète de proximité et d'étrangeté, offre une sorte de pays réel qui serait en même temps celui de l'imaginaire, et dont les romans seraient a priori parés de l'aura et des délices de la fiction [...]" (p. 149)
Suivent deux entretiens.
Le premier avec Adam Gopnik, né en 1956, essayiste, une des vedettes du New Yorker. En 1991, il a organisé avec son ami l'historien de l'art Kirk Varnedoe une exposition au MoMa intitulée High and Low, dont le sujet était les rapports entre culture classique et culture populaire. J'ai beaucoup aimé cet entretien, vraiment très intéressant; c'est peut-être la partie qui m'a le plus plu dans cette Revue des Deux Mondes.
Le second entretien avec le poète et romancier Ben Lerner, grand admirateur de Mallarmé.

Jean-Pierre Naugrette, professeur de littérature anglaise, nous propose ensuite Un Américain à Paris. Hemingway, Gertrude Stein et l'art de la boxe, très très bon article également.

La revue s'achève avec des notes de lecture, qui présentent divers ouvrages:
- La France devant l'Europe de Jules Michelet.
- Dîner de gala. L'étonnante aventure des brigands justiciers de l'Empire du milieu de Philippe Videlier, ouvrage à la construction semble-t-il étonnante sur la Chine maoïste.
- Trois excentriques anglais de Lucien d'Azay.
- Un voyou argentin d'Ernesto Mallo.
- Journal 1918-1933 d'Hélène Hoppenot, musicienne, femme de diplomate, qui a parcouru le monde dans le sillage de l'ambassadeur Paul Claudel. Comme j'adore les journaux, j'ai bien envie de découvrir celui-ci.

J'ai transformé ma Revue des Deux Mondes en Bouq'lib. En traînant un peu à Montreuil, peut-être que vous pourrez l'attraper...

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