mercredi 29 mai 2013

Only God forgives

Only God forgives
 
Réalisateur: Nicolas Winding Refn
Avec: Ryan Gosling, Kristin Scott Thomas, Vithaya Pansringarm, Gordon Brown.
France / Danemark, 2013.

 
Le retour du couple Nicolas Winding Refn et Ryan Gosling évoque tout de suite leur précédent film, Drive, sorti en 2011. Drive "fonctionnait"; avec un minimum de lâcher-prise, le spectateur se laissait emporter, sans doute grâce à une des toutes premières scènes, une course en voiture à tombeau ouvert en pleine ville, plutôt époustouflante, dont je garde un souvenir assez vif. Néanmoins, Drive était  déjà un mauvais film. Je l'avais qualifié de nanar flamboyant, et au-delà du bon mot, je crois profondément être dans le vrai. Avec Only God forgives, Nicolas Winding Refn applique les mêmes recettes, sur un scénario encore plus indigent. Le spectateur le voit venir de très loin et ça ne "fonctionne" plus: la flamboyance a disparu.


Kristin Scott Thomas.


Le film déroule vaguement une histoire de vengeance et de passions familiales dans un Bangkok ultra-violent.

Ryan Gosling est certes très bel homme, il porte très bien le costume trois pièces, mais reste expressif comme un poisson mort. Mauvais truand, mauvais boxeur, il se définit presque exclusivement par son impuissance sexuelle et par son désir ambiguë pour sa mère. Il a l'air malheureux, on a envie d'aller lui acheter une glace à la vanille.
Dans le rôle de la mère castratrice, une Kristin Scott Thomas grimée en Donatella Versace d'Halloween est plus monstrueuse que Médée et Catherine de Médicis réunies. Le trop est l'ennemi du bien parfois.

Tout comme dans Drive, Nicolas Winding Refn mise énormément sur l'esthétisation à outrance de ses images, par le jeu des lumières et l'utilisation peu subtile des couleurs (univers rouges / univers bleus, couleurs chaudes / couleurs froides...) A coup de carreaux de faïence criards et de papiers peints improbables, en ne nous épargnant aucune verroterie made in China, le réalisateur ne parvient pas néanmoins à habiter un univers: ses décors restent froids et sans humour. J'avoue avoir été plus sensible à l'Amérique de carton-pâte de Drive. Peut-être parce que je n'ai aucune notion du kitsch propre aux films de Bruce Lee et autres Tigres et dragons, auxquels je ne me suis jamais intéressée, son Bangkok d'opérette ne m'a pas convaincue.

On a beaucoup parlé de la violence du film. Elle réside selon moi dans deux scènes construites en miroir. Dans la première, la main de Julian, le personnage incarné par Gosling, glisse sous la jupe de sa pseudo petite amie et on l'imagine pénétrer son sexe, maladroitement, avec un vague sentiment d'interdit. La scène se reproduit pratiquement à l'identique à la fin du film, sauf que cette fois, la main, toujours incertaine, pénètre les entrailles du cadavre de la mère.  Ce parallèle donne vraiment la nausée. On touche ici à des choses affreuses, gratuites car elles ne changent rien à la vanité de l'ensemble.

Néanmoins, grâce à sa violence arrosée de ketchup, à ses décors clinquants et à la présence de Ryan Gosling, Only God forgives a tout pour devenir un film culte du kitsch. De ceux qu'on regarde à la télé avec des copains en buvant des bières.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire