lundi 3 juin 2013

Rendez-Vous rigolo au Palais de Tokyo

Cette semaine, l'émission de France Culture, Le Rendez-vous, qui avait lieu en direct au Palais de Tokyo comme tous les vendredis, était disons... surprenante !
Mais n'allons pas trop vite et suivons le fil de l'émission...
 
Le journal de la culture avait pour thème la 55ème Biennale de Venise qui ouvre ses portes le samedi 1er juin, avec la participation du Vatican, ce qui est une grande première. La Cité pontificale a vraiment mis les moyens, avec beaucoup de commandes, sur le thème de la Genèse mais "sans prosélytisme." Cette implication est assez étonnante car jusqu'à présent, la politique du Saint Siège en matière d'art contemporain était quasi-nulle. Il n'y a d'ailleurs aucune œuvre contemporaine au Musée du Vatican. La Biennale sera-t-elle alors l'esquisse d'une véritable ambition pontificale dans ce domaine ? Rien n'est moins sûr. Les œuvres exposées à Venise n'intégreront peut-être même pas les collections du célèbre musée romain. De toute façon, je déteste le Vatican depuis que j'ai été refoulée de Saint-Pierre comme une malpropre l'été dernier car trop court vêtue...
 
Les brèves suivaient.
Le Commissaire européen au commerce extérieur a déclaré que l'Union Européenne voulait exclure la littérature, le cinéma et l'audiovisuel des discussions avec les États-Unis sur le dossier du libre-échange. Mais cela ne répond pas à l'exigence française d'exclure ce secteur du mandat des négociations.
Le rappeur Orelsan, inoubliable auteur-interprète de la chanson Sale pute, a été condamné à une amende de 1000 € avec sursis par le tribunal correctionnel de Paris pour injures et provocation à la violence à l'égard des femmes. "La liberté de création artistique ne saurait valoir excuse absolutoire" a décidé le tribunal. C'est un vrai débat.
Le Prix du Polar SNCF vient d'être décerné dans trois catégories: roman, bande dessinée et court-métrage. Plus d'infos ICI.
La mémoire de l'auteur de SF Jack Vance, très récemment disparu, a été saluée aux États-Unis. N'étant vraiment pas fan de science-fiction, je ne le connaissais pas.
Pour finir, une histoire de cambriolages à Lyon, dont la majorité a eu lieu dans des résidences universitaires. La police a utilisé une technique peu banale: ayant remarqué qu'il y avait eu contact entre la porte d'entrée et l'oreille du malfaiteur, elle a relevé les empruntes. Or, les oreilles sont comme les traces papillaires, uniques pour chaque individu. Le cambrioleur a donc été trahi par son oreille.



Christine and the Queens était l'invitée de la session pour son album Nuit 17 à 52. Christine est le nom de scène et le double d'une très jolie jeune femme prénommée Eloïse, ancienne khâgneuse. (Et oui, tous les anciens khâgneux ne sont pas devenus de vilains professeurs...) Cette jeune personne toute frêle, très élégante en pantalon noir, chemise tachetée noire et blanche et veste corail, m'a impressionnée par sa belle voix mélodique. Elle a interprété sa chanson The loving cup, à la fois planante et rythmée et une sublime reprise de Photos souvenirs de William Sheller, un morceau que j'adore. Christine and the Queens se produira le 8 juin prochain à la Villa Médicis à Rome: j'aimerais tellement pouvoir y aller !








Très grande surprise ensuite: l'invité était Maxime Chattam pour son roman La conjuration primitive. Lorsque j'ai pris connaissance du programme de l'émission avant d'y aller, je n'ai eu qu'une réaction: "Maxime Chattam ? Et pourquoi pas Marc Lévy tant qu'on y est ?!"
Je me permets à ce propos une petite digression concernant ce cher Marc Lévy. Je l'ai vu et entendu dire de mes propres oreilles dans une émission de télé cette phrase culte: "il y a une vérité du mot qui s'attache au personnage." Face à lui, une Marie Drucker tout sourire faisait oui-oui de la tête, mais je suis désolée, "il y a une vérité du mot qui s'attache au personnage", ça ne veut rien dire. J'ai cherché, j'ai même interrogé à ce propos une prof de lettres (ancienne khâgneuse) qui était d'accord avec moi. Je suis néanmoins ouverte à toute tentative d'interprétation: contactez-moi...
Mais revenons à Maxime Chattam, qui n'est pas moins intéressant. C'est un auteur prolifique de romans fantastiques et de thrillers qui, lassé des États-Unis, a choisi de mettre au centre de son nouveau roman la Section de Recherche de Paris. Les experts Aubervilliers en quelque sorte... Mais selon son expression "construisons l'Europe du crime", l'intrigue se déroule successivement en Pologne, en Écosse et au Québec (qui bien que francophone, n'est pas en Europe.) Maxime Chattam nous a décrit longuement son processus d'écriture et son bureau, face à une baie vitrée donnant sur la forêt, décoré d'une momie et d'un (faux) loup-garou empaillé. Une vraie caricature, plutôt drôle d'ailleurs ! En même temps, on le voyait assez mal écrire au cristal bic sur un bureau Ikea, avec la photo du chien devant un bol de croquettes, dans un deux-pièces-cuisine du Haut-Montreuil... Il structure beaucoup son récit avant de passer à la phase d'écriture, ce qui lui permet ensuite de mener à bien son travail de documentation. Il a d'ailleurs suivi une formation en criminologie afin de nourrir ses ouvrages. Son roman contient beaucoup de descriptions de corps musculeux et de forces de la nature, avec une référence à Musclor, He-Man en anglais, le héros de notre enfance. Les scènes de crimes sont précises: il ne cherche pas à être gore, mais ne veut pas non plus être lénifiant: "je laisse peu de place à l'imagination du lecteur, je décris tout." Son héros a "un côté bigger than life comme disent les Américains."
Mais le moment le plus savoureux reste celui où Laurent Goumarre lui a rappelé son passé d'acteur de théâtre dans Angélique marquise des anges; on sentait que Chattam aurait donné cher, très cher même, pour que ce sujet épineux ne soit pas abordé. La belle assurance s'est fissurée, j'en ris encore !
En conclusion, je ne sais pas si La conjuration primitive fait peur, mais l'interview de son auteur était vraiment réjouissante.
 
Pas de chronique cette semaine, car Thomas Clerc était à Venise pour la Biennale. Il m'a beaucoup manqué. Et j'aimerais tellement pouvoir aller à la Biennale moi aussi !
 
 
Le dernier invité était Xavier Mauméjean, membre du Collège de Pataphysique, pour son roman American Gothic.
En partant d'une vrai-fausse biographie de Daryl Leyland,  un auteur de contes, et de Van Doren, un illustrateur psychotique travaillé par un imaginaire pédophile, Xavier Mauméjean interroge le besoin d'Hollywood de se doter de mythologies et de légendes. Nous retrouvons donc Alice, Blanche-Neige et Dorothy du Magicien d'Oz, des filles solides, qui s'en sortent. Le titre évoque évidemment American Gothic, le tableau de Grant Wood, très populaire aux États-Unis et très souvent parodié. Cette œuvre picturale véhicule selon Xavier Mauméjean une idée de démesure, de ténèbres et d'exagération: "sont-ils intimidés ou vont-ils vous coller la fourche dans l'estomac ?"
 
 


Ce roman qui plonge dans la construction de l'imaginaire américain est assez tentant et offre une belle conclusion à l'émission.


Est-ce que Marc Lévy sera un jour invité au Palais de Tokyo ? Je suis sûre que ça aurait des effets incroyablement positifs sur mon moral.


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