jeudi 4 juillet 2013

Échine

Échine
Philippe Djian, 1988.

"Sachant que rien ne vaut la compagnie de certains écrivains quand il s'agit de reprendre des forces, sachant qu'à tout moment ils vous tendront une main amie." p.185. 

C'est sans doute une chose que je devrais garder en mémoire pour les prochaines fois.
Avant de demander au barman si, "à tout hasard", il n'aurait pas des cigarettes, "oui, oui, des Marlboro, ça me va très bien", et aussi des allumettes, "tant que vous y êtes, merci bien."
Avant de me mettre à compter la nuit les comprimés de Stilnox comme on compte les moutons.
Mais enfin, c'est bien sûr ! Attraper sur l'étagère un bouquin de Philippe Djian !

Échine, que j'avais déjà lu il y a longtemps, m'a fait du bien dans une période un peu difficile. Une vraie consolation, quoiqu'un peu tardive, mais pour ça, je ne peux m'en prendre qu'à moi-même.

Des romans de Djian, on peut raconter l'histoire; c'est une possibilité que lui-même semble toujours laisser au second plan mais qui n'en est pas moins signifiante.
Dan a été un grand écrivain, jusqu'au jour où il s'est retrouvé incapable de sortir la moindre ligne, le plongeant dans un tel abattement que sa femme a fini par le quitter. Quelques années plus tard, au moment où commence le roman, il s'est remis debout tant bien que mal, s'occupe de son fils et noue quelques relations sentimentales assez lointaines, mais sans plus guère d'illusions sur l'existence, sur les autres et sur lui-même. Dans un sentiment profond de fraternité comme seul Djian sait en tisser, à coups d'uppercuts qui coupent le souffle, mâtinés d'un humour toujours juste, j'ai glissé mes pas dans ceux de Dan, d'été brûlants en hivers glacials.

Mais au-delà de ce que Philippe Djian appelle dans Échine "la bonne idée" narrative, il y a le style. Une respiration, un souffle sur lequel le mien se cale instantanément, dès les premiers instants de la lecture. Plus qu'à un intellect doucement policé, Djian s'adresse aux tripes et fait mouche. Un écrivain qui a de l'estomac, qui me parle et me touche immédiatement, quand le monde tout autour semble partir en lambeaux misérables et douloureux.

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