mardi 22 octobre 2013

Le mouvement à travers quelques œuvres du Musée des Beaux Arts de Dijon

De nombreux artistes ont fait du dynamisme interne insufflé par le mouvement une des composantes majeures de leur œuvre. C'est notamment le cas des sculpteurs, puisque qu'un corps en mouvement est bien plus intéressant qu'une silhouette statique. Dans la peinture, ce sont particulièrement la lumière et les couleurs qui caractérisent le mouvement.
Si on fait abstraction des Égyptiens, le mouvement est représenté dès l'Antiquité. Les artistes de la Grèce antique ont d'ailleurs beaucoup figuré la danse, considérée comme un cadeau des dieux.
Au Moyen Âge et même durant la Renaissance, le mouvement est moins présent, dans un art qui est principalement religieux. Mais les sculptures de Michel-Ange, très représentatives d'une réelle recherche dans ce domaine, font école en la matière.
Le XVIIème siècle baroque, qui sous prétexte d'assagir les esprits tourmente les corps, exalte particulièrement le traitement du mouvement. En cette période troublée de réforme et de contre-réforme, la papauté initie en effet de nombreux chantiers architecturaux ainsi que des commandes de tableaux et de statues pour ramener les fidèles à la foi catholique. Il s'agit d'émouvoir les foules en représentant les souffrances du Christ ou l'extase de la Vierge, ce que l'on appelle à cette époque le pathétique de la foi. Les artistes d'alors s'éloignent du style classique qui privilégiait le calme des grandes horizontales et des grandes verticales, pour aller vers des compositions très agitées, très mouvementées.
A partir du XXème siècle, des artistes s'intéressent à la décomposition du mouvement, puis une abstraction gestuelle se base sur l'amplitude et sur la vitesse.
Et même durant les époques où le mouvement est décrié, notamment dans la sculpture, il y a des artistes qui s'y intéressent et qui osent tout de même le représenter.

Voici quelques œuvre issues de la très belle collection du Musée des Beaux Arts de Dijon où le traitement du mouvement est de la première importance.


Hercule et Lichas
Bronze. Entre 1795 et 1815.
Acquis en 1977.

Antonio CANOVA (Passagno 1757-Venise 1822.)


Cette  œuvre est une réduction d'un marbre colossal qui se trouve au Musée d'Art moderne de Rome.

Canova fait souvent référence à la mythologie grecque.
La scène représentée ici figure dans Les Métamorphoses d'Ovide.
Hercule a grièvement blessé le centaure Nessus, qui avant de mourir affirme à Déjanire, l'épouse du demi-dieu, que son sang a le pouvoir de combattre l'infidélité. Quand Hercule se rapproche de la jeune Iole, Déjanire en teint donc le manteau de son époux volage et charge son serviteur Lichas de le lui apporter. Dès qu'il enfile la fameuse tunique imbibée du sang du centaure, le héros ressent une atroce brûlure pénétrante. Plus il essaie d'ôter le tissu, plus sa peau part en lambeaux. Fou de rage et de douleur et persuadé que Lichas lui a jeté un sort, Hercule le saisit par les pieds et les cheveux et le projette dans la mer Égée. Le corps de Lichas se déchire en mille morceaux et se pétrifie, créant ainsi les Îles Lichades.

Avec cette statue, Canova a particulièrement travaillé le mouvement. On rencontre ici une richesse expressive et une tension physique qui ajoutent encore au côté tragique de la scène.
Le corps de Lichas est complètement tendu par la peur, presque déjà disloqué ; il tente de s'accrocher au pilier du temple de Zeus, en vain.



Hercule, dont l'artiste a développé toute la musculature en jouant sur le modelé, va comme jeter Lichas d'un seul geste. On ressent toute sa colère et toute sa souffrance.

La peau du lion de Némée
au pied d'Hercule.


La représentation du mouvement a permis de rendre ces corps tout à fait expressifs.









Tigre qui marche
Bronze patine médaille, 1841.
Donation Pierre et Kathleen Granville, 1974.
Lion au serpent
Bronze patine médaille, vers 1845.
Donation Pierre et Kathleen Granville, 1969.


Antoine-Louis BARYE (1795-1875.)


Reconnu comme le premier sculpteur animalier et surnommé "le Michel-Ange des fauves", Antoine-Louis Barye ose représenter les animaux pour eux-mêmes à une époque où ils servent uniquement d'accompagnement. Il fréquente beaucoup les zoos et lorsqu'un animal meurt, il récupère sa dépouille, l'étudie et fait des moules. Il connaît donc très bien l'anatomie animale.
Barye veut montrer la férocité et la tension et représente pour cela des animaux en mouvement.























En contemplant cette œuvre, on a presque l'impression d'entendre rugir le lion et siffler le serpent.



















Le tigre qui marche révèle la capacité de Barye à saisir l'animal dans toute la force de sa musculature et à rendre son côté féroce.


Printemps du monde
Huile sur toile, 1967.
Donation Pierre et Kathleen Granville, 1974.
Louis XIV
Huile sur toile, 1966.
Donation Pierre et Kathleen Granville, 1969.
Léon Tolstoï
Huile sur toile, 1966.
Donation Pierre et Kathleen Granville, 1969.
Le sexe des vallées
Peinture acrylique sur toile, avant 1974.
Donation Pierre et Kathleen Granville, 1974.

Jean MESSAGIER (Paris 1920-Montbéliard 1999.)

L'abstraction gomme toute référence à ce qui est connu. C'est uniquement l'artiste qui, à travers les couleurs et les formes, va communiquer sa pensée. L'abstraction suit principalement deux tendances : l'abstraction géométrique et l'abstraction gestuelle, sur laquelle travaille Jean Messagier. Elle est basée sur le mouvement, le geste et la vitesse ; l'artiste exprime sa pensée à travers son geste. C'est ce que les Américains appellent l'action painting.

Printemps du monde.

Jean Messagier travaille à la brosse pour représenter des tourbillons transparents à travers lesquels on aperçoit la trame de sa toile. Il incise ensuite son nom et le titre de l'œuvre sur le tableau.
Pour réaliser le Printemps du monde, travail sur le mouvement, la rapidité et l'amplitude, il a installé un banc sur sa toile posée au sol et il s'est couché sur le banc en tenant une brosse dans chacune de ses mains : c'est ainsi qu'il a réalisé ces grandes accolades et ces grands tourbillons. On note une alternance entre couleurs froides et couleurs chaudes, ce qui crée une sorte de rythme. C'est une des rares toiles de Messagier où il y a beaucoup de couleurs, car il travaille d'ordinaire des teintes plutôt monochromes.

Louis XIV.

Léon Tolstoï.

Jean Messagier a également réalisé toute une galerie de portraits basés sur la vitesse et le mouvement. On reconnait certains personnages à leur perruque ou à leur barbe, c'est la seule chose que l'on voit.

Le sexe des vallées.

A partir d'une certaine époque, Jean Messagier va même utiliser la bombe aérosol, parce qu'il trouve que la main est finalement prisonnière et que la bombe permet d'aller encore plus vite. Il l'utilise pour représenter les dorures du Sexe des vallées. Il utilise toujours la brosse pour obtenir des accolades symétriques d'une manière très rapide.


Les footballeurs
Quatre œuvres.
Huile sur toile, 1952.
Donation Pierre et Kathleen Granville, 1969.

Nicolas de STAËL (Saint-Pétersbourg 1914-Antibes 1955.)













Nicolas de Staël a une période abstraite à partir de 1948 environ, mais cela ne le satisfait pas totalement et il finit par réintroduire la figure humaine. Il a pour cela un déclic en 1952 lorsqu'il assiste à un match de football dans le Parc des Princes tout nouvellement construit. Le match oppose la France à la Suède et Nicolas de Staël est fortement enthousiasmé par le ballet des personnages et des couleurs. En une quinzaine de jours, il peint des tableaux et fait des lithographies où il réintroduit la figure humaine. Il commence à utiliser la truelle de maçon pour peindre : on voit bien la trace de l'outil et ses empâtements. Avec quelques figures géométriques, carrés, rectangles et cercles, il donne une impression de mouvement et attire l’œil sur le ballon. Grâce au côté tactile des empâtements, on a l'impression de sentir le jeu de jambes des joueurs. Idéal pour montrer des corps en mouvement, le sport a été beaucoup représenté au XXème siècle.

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