vendredi 18 juillet 2014

Deux jours, une nuit

Deux jours, une nuit



Réalisateurs: Luc et Jean-Pierre Dardenne
France / Belgique, 2014


Avec: Marion Cotillard, Fabrizio Rongione, Pili Groyne, Catherine Salée...


Disons-le tout net, avec Deux jours, une nuit, les frères Dardenne ont une fois encore réussi une œuvre magistrale, qui aurait bien mérité une troisième Palme d'Or.
Pourtant, ce film, dont l'action couvre un laps de temps assez court, un week-end, qui construit une linéarité au plus près de la réalité, sans flash-back et qui déroule encore et encore des actions plutôt semblables, est pour le moins ambitieux. La répétition génératrice d'ennui est un écueil important dont les deux réalisateurs se sont parfaitement joués, en se collant au plus près à leur personnage principal, à sa vie quotidienne et à la perception qu'elle en a, celle d'une spirale étouffante.

Sandra est une ouvrière, mère de famille, qui sort d'une grave dépression. Bien que très entourée par un mari formidable, deux jeunes enfants et des amis dévoués, elle peine encore à sortir la tête de l'eau et se réfugie dans le sommeil, dressant sa fatigue perpétuelle en rempart entre elle et le monde. Sandra travaille avec seize autres ouvriers dans une petite usine de matériel optique; elle a été absente longtemps, au point qu'elle semble bien inutile à sa hiérarchie au moment où elle devrait réintégrer son emploi. Afin de se débarrasser d'elle, la direction organise un vote auprès de ses collègues: soit elle réintègre l'entreprise, soit chaque salarié reçoit une prime de 1000 €. La majorité choisit la prime, mais à la veille du week-end, la déléguée du personnel arrache un nouveau vote pour le lundi matin. Encouragée par cette amie et épaulée par son mari, Sandra va tant bien que mal, durant deux jours et une nuit, aller trouver un à un ses collègues pour tenter de les convaincre de voter pour elle.

A partir de cette ligne directrice forcément répétitive, les frères Dardenne dressent un portrait juste et bouleversant de la classe ouvrière, sans pathos ni folklore à la Guédiguian. Ici les archétypes n'existent pas. Chacun à sa façon se montre à la fois solidaire et soucieux de sa propre existence et de celle des siens, car l'argent manque à tous. Pour survivre. Pour vivre mieux. On ne peut gommer l'importance des 1000 €, mais on peut pointer la responsabilité du patron.

Sandra elle-même n'est ni victime ni passionaria. On est touchée bien sûr par la détresse de cette femme qui peine à retrouver goût à la vie et qui avale les comprimés de Xanax comme d'autres les gommes de Nicorette. Mais on imagine aussi l'enfer de sa dépression pour son mari hors du commun et pour ses enfants qui voient "maman qui pleure encore." Faisant corps avec son personnage, Marion Cotillard est formidable, comme chaque fois qu'elle est bien dirigée.


Marion Cotillard et Fabrizio Rongione.

Bien sûr qu'on voudrait que Sandra gagne, mais là n'est peut-être pas le plus important. Car finalement, ce qui redonne vie, liberté et dignité, elle le dit à son mari au téléphone à l'issue du fameux lundi matin: "On s'est bien battu."

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